Jeremy Deller & Michel Blazy, 13ème Biennale de Lyon, 10.09 – 03.01.16

« Le besoin d’annoncer une coupure nette avec le passé et d’instaurer une rupture avec la tradition, tel est le geste moderniste par excellence. Se pourrait-il alors que notre désir récurrent d’annoncer la fin de l’ère moderne ne soit en fait qu’un des symptômes de cette modernité qu’il aspire à enterrer ? On pourrait pourtant imaginer un scénario alternatif, dans lequel les différentes trajectoires du projet moderne infléchissent et modèlent encore et toujours nos perceptions, tout comme les questions non résolues de notre époque.

Intitulée La vie moderne, la 13e édition de la Biennale de Lyon ambitionne d’explorer cette possibilité. Son titre rappelle assurément des moments de l’Histoire plus anciens, et probablement plus optimistes. Mais plutôt que son ironie potentielle, c’est son ambiguïté qui m’a poussé vers ce titre. Dans l’usage courant, «moderne» qualifie quelque chose de récent ou de nouveau ; pourtant, cette expression porte en elle une longue histoire, qui va de La Vie Moderne (2008), récent documentaire sur la France rurale du réalisateur Raymond Depardon, jusqu’à la publication par Charles Baudelaire de son essai « Le peintre de la vie moderne » dans Le Figaro en 1863. Cette expression incarne aujourd’hui une forme plaisante d’incertitude temporelle : elle peut servir à désigner le moment présent tout en évoquant le souvenir d’un autre âge. J’espère que ce titre n’évoquera pas seulement la teneur ou le «thème» de l’exposition, mais qu’il posera une question – pas tant sur le « moderne », quelle que soit la diversité des définitions de ce terme, que sur la nature de notre époque et des différents dialogues qu’elle entretient avec le passé. En réunissant des oeuvres qui reflètent et interrogent le caractère contradictoire de la vie contemporaine dans différentes régions du monde, La vie moderne s’attache également à montrer en quoi la culture contemporaine est aussi le résultat et la réponse aux événements et traditions du passé. Même lorsque les artistes de l’exposition explorent des situations et des images d’aujourd’hui, ils creusent aussi dans le passé. Leur oeuvre montre de toute évidence une vraie sensibilité aux liens entre un certain nombre de moments historiques et le présent, et nous place souvent face aux relations inattendues qui peuvent en surgir. » (…)

Ralph Rugoff, commissaire invité
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