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Par mon travail j'essaie d'avoir une emprise sur ce que l'on pourrait
au mieux décrire comme réalisme traumatique, avec tout ce
que ce mot comporte en termes de rattachement au domaine médico-chirurgical:
Une cassure qui ne serait pas la fêlure psychologique qui pousse
quelqu'un à se confronter à une histoire passée non
résolue, mais bien le coup d'il furtif et transitoire sur
une autre réalité.
Mes images se réfèrent à des fictions familières.
Simultanément, elles captent des lieux authentiques. Le fusionnement
des faits avec la fiction crée précisément la fracture
qu'il est de mon intention de conserver. Je m'efforce de préserver
des points de vue dans toute leur perplexité. Le premier contact
avec un lieu est important: L'impact des impressions personnelles crée
une interférence avec le grand nombre d'images indistinctes stockées
dans notre mémoire collective.
Tout ce que je photographie est réel, même lorsque cela paraît
impossible. Je ne manipule pas les images et me contente de prôner
leur capacités naturelles en opérant le choix du moment,
du cadrage et du point de vue. Une photo me paraît réussie
lorsque les éléments narratifs et les éléments
représentatifs se succèdent en alternance.
Pendant les cinq dernières années, j'ai travaillé
sur une série d'images qui formeront un livre intitulé "Résonance".
Ces images dérivent, en quelque sorte, des images des médias:
Cinéma, télévision et autre photographie.
Les uvres sont reliées entre elles par une narration cryptique,
genre de mémoire construite. La série marche en tant que
mémoire à distance qui ne saurait être spécifique.
Plutôt que de me ramener aux lieux représentés, ces
images me rappellent une façon de voir.
Je découvre toutes les images par hasard. Elles comportent souvent
un motif central qui indique la présence humaine, mais ceci n'est
en rien une formule. En quelque sorte j'essaie d'installer un doute dans
la notion du paysage sublime en y apposant une anomalie. Souvent il s'agit
d'une allusion à quelque catastrophe, calamité ou désastre:
Causes finales aptes à relativiser le mythe matérialiste
du progrès.
Les images se situent principalement dans des décors que l'on trouve
aux bouts extrêmes de la société; touchant aux confins
mêmes de la civilisation. Ce sont des lieux qui portent un visage,
telle une physiognomonie qui garderait les traces d'un événement
passé ou d'une présence humaine.
La juxtaposition des climats et des régions les plus disparates
provoque l'émergence d'un paysage mental. Le signifiant du lieu
se déplace de la sphère du réel pour entrer dans
le royaume de l'idée.
Je n'aspire aucunement à faire des reportages dans le sens où
j'impartirais des leçons essentielles concernant le pays ou la
région où la photo a été prise. Bien au contraire;
ce ne sont souvent que des détails mineurs tels que le relief ou
bien la végétation que je laisse en guise d'indicateurs
d'orientation. Les endroits que je visite sont bien-sûr d'une importance
capitale, parce qu'ils sont tous uniques, mais je choisis de ne pas jouer
la carte de leur spécificité. Je m'efforce donc de niveler
toutes leur qualités intrinsèques , qu'elles soient géographiques,
climatiques ou sociales, pour créer une image mentale qui provoquerait
la fusion sans soudure de différentes caractéristiques et
afin d'en exprimer un sentiment d'anxiété, prémonition
et peur. Il en découle une union détachée mais néanmoins
intense avec mon environnement.
Je fais souvent usage de temps d'exposition très longs afin d'obtenir
le côté flou qui rend le cardage du temps indistinct. J'échange
l'instant pour une façon d'être. Au lieu d'utiliser un appareil
photo pour découper une tranche de temps, je l'utilise pour démontrer
l'évidence d'une longueur qui ne comprendrait ni un "avant"
ni un "après" bien défini. Pour saper le "réalisme"
qui pourrait être attribué à mes images, je mets en
évidence le fait qu'il ne s'agit pas d'une réalité,
mais bien d'images d'une réalité.
In All due intent,
catalogue Manifesta 5, 2004, pp.156-157.
What I try to seize upon
in my work might best be described as traumatic realism, assigning to the
word "trauma" its surgical meaning: Of a breaking point, not in
the psychological sense of coping with an unresolved past, but as a short
transitory glimpse of another reality.
My images refer to familiar fictions.Simultaneously, they register authentic
locations. The fusing of fact and fiction is precisely the fracture that
I intend to conserve. I try to preserve viewpoints in all their perplexity.
The first acquaintance with a place is important: the strong impression
that interferes with a number of stored-up but unpronounced images from
our collective memory.
Everything I photograph is real, unlikely as it may seem. I don't manipulate
the photographs, but push their insinuating capacities forward by carefully
choosing the moment, framing and viewpoint. To me, a picture is successful
when the representative and the narrative elements alternate.
For the past five years, I have been working on this series of images to
be compiled in a book called Resonance. These shots are a kind of derivate
of media-images: cinema, television or other photographs.
The individual works are connected with each other in a cryptic narrative,
like a fabricated memory. The series functions as a distant memory, which
is not specific. Rather than bringing me back to the places they depict,
these pictures remind me of a way of seeing.
I discover all the images "by accident". Often there is a central
motive that points at human presence, but this is not a formula. Somehow
I try to install a doubt into the notion of the sublime landscape by imposing
an anomaly onto it. Often there is an allusion to catastrophe, a calamity
or disaster: some final event to put the materialistic myth of progress
in perspective.
These images are mainly set in landscapes, found at the outer reaches of
society, touching on the confines of civilization. These places have a face,
a particular physiognomy that bears traces of a bygone or human presence.
By bringing together various regions and climates, a mental landscape emerges.
The significance of the location shifts from reality to the realm of ideas.
I do not aspire to make a reportage in the sense of imparting something
essential about the country or area where the picture was taken. On the
contrary, often only minor details such as the relief or the vegetation
are left as vague indicators for orientation. The places I visit are obviously
of capital importance, because they are all unique. But I choose not to
play out the specific. I try to level intrinsic geographical, climatological
and sociological qualities into a global mental image, where different worlds
seamlessly fuse their various characteristics and externalise a feeling
of anxiety, foreboding and fear. Together they demonstrate a detached yet
intense association with my surroundings.
I often use extremely long exposure times, allowing the effect of blur to
render the specific time frame indistinct. I trade the moment for state
of being. Instead of using a camera to cut a slice of time, I use it to
gather evidence of duration, without a clear "before" and "after".
In order to undermine the attributed "realism", I make it evident
that this is not a reality: these are images of a reality.
In All due intent,
catalogue Manifesta 5, 2004, pp.156-157.
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